Quand nous arrivons chez Katarina et Daniel, le 20 octobre, l'hiver n'a pas encore montré son vrai visage. La neige n'est pas là, les clients non plus, mais tout le monde le répète déjà, l'hiver sera rude, avec des températures entre -30°C et -45°C degrés.
Ce n'est pourtant pas ma première saison auprès des chiens de traîneau. L'hiver précédent, j'avais appris les bases avec Océane, auprès d'un musher français, mais nous étions arrivés en février et n'avions jamais vécu la phase d'entraînement. Cette fois, je me suis engagé pour 6 mois, de A à Z, pour vivre la saison entière et découvrir une autre structure. L'automne est donc pour nous un chapitre neuf.

On ne peut pas entraîner des chiens de traction nordique au-dessus de 15 degrés, c'est trop dangereux. Les chiens ont passé l'été au repos, et on ne peut pas remettre un chien directement sur un traîneau dans la neige avec des clients dessus, c'est le meilleur moyen de les casser.
Alors on reconstruit la musculature progressivement. On commence par 5 kilomètres pendant 2 semaines, puis 10, 16, 20, pour viser 30 kilomètres fin novembre, à raison de 2 à 3 sorties par attelage et par semaine. Et même sans clients, les journées restent énormes, de 9 heures à 20 ou 21 heures. Quand je parlerai de semaines à 70 heures en plein hiver, je ne pèserai pas mes mots.
Tant qu'il n'y a pas suffisamment de neige, on entraîne au quad, et c'est tout sauf confortable. On part en équipe de 4, à 2 par quad. Avec Océane, nous conduisons peu, on apprend surtout en accompagnant Katarina et les 2 autres mushers. Mais même en passager, on prend les conditions de plein fouet, une pluie froide autour de 0 degré. Ou bien comme ce 23 novembre à -25 degrés, j'avais conduits l'attelage sous une neige humide qui marque une journée mémorable.

L'automne, c'est aussi le moment où l'on teste les attelages. À chaque sortie, on apprend à lire les chiens, à comprendre comment chacun travaille et à connaître ses habitudes pour mieux les anticiper. On change les duos, on repère la patte forte de chacun, on adapte les positions, un wheel dog peut passer en team, ou inversement. Tous ces ajustements ne se font qu'au quad, qu'on peut arrêter en pleine nature. Après chaque sortie, on vérifie les pattes, la moindre douleur, et on s'adapte à l'état réel de chaque chien, sa fatigue comme son moral.
Sans neige, les chiens courent sur le goudron, la terre et les rochers, des surfaces dures et abrasives. Sur la neige, leurs coussinets trouvent une accroche extraordinaire, comme nous sur une terre souple où le pied s'enfonce juste ce qu'il faut pour un bel appui. En automne, on en est loin.
Alors on protège. Avant chaque sortie, on applique du winterpad de la marque Axaeco, une crème qui forme une couche imperméable sur les coussinets et ne gèle pas grâce à sa formule sans eau. Puis on enfile les chaussettes VIP Max Protect de VIP Dogwear, des booties caoutchoutées très adhérentes et bien plus durables qu'une chaussette classique. Le piège, c'est le sable et le gravier du chenil, qu'il faut retirer comme le sable collé sous les pieds à la plage, sinon ça irrite le chien. Tout ce travail en amont prend un temps fou.
*Suite dans la Partie 2 : les harnais, le quotidien du chenil et la confiance des chiens.*
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