Hild, de la Laponie à la Bretagne, l'histoire d'une chienne de traîneau

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L'histoire d'une chienne de traîneau, d'une lignée, et du lien qui a changé mon regard de photographe

Je balayais les planches de son enclos. Elle m'observait depuis un mètre, immobile et attentive, avec cette timidité qui la caractérise. Je me suis arrêté, je me suis accroupi, et sans un bruit elle est venue se blottir contre moi. Elle n'est pas venue chercher une caresse ni réclamer quoi que ce soit, elle m'a simplement offert sa confiance. C'est ce matin-là, quelque part dans le nord de la Suède, que j'ai retenu trois noms d'un coup : le sien, celui de sa mère Mist, et celui de sa grand-mère Dimma.

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Trois générations dans le même enclos

Avec Océane ma compagne, nous arrivons le 20 octobre. Nous sommes handlers pour la saison, chez Katarina et Daniel, au milieu de soixante-cinq chiens. La première mission, avant même de toucher un appareil photo, c'est d'apprendre les prénoms de toute la meute, et il m'en faudra presque vingt jours pour les retenir tous. L'enclos de Hild, lui, je l'ai su tout de suite, parce qu'on y trouvait trois générations d'une même lignée et parce que c'est là que j'aimais m'attarder.

Il y avait Dimma, la grand-mère, avenante et demandeuse de caresses, avec un tempérament calme et précieux. Il y avait Mist, la mère, une force de la nature doublée d'une sensibilité folle, le genre de chienne qui montait sur le lit le soir pour dire bonne nuit, restait un quart d'heure sous les caresses, puis repartait une fois sa mission accomplie. Et il y avait Hild, plus discrète, observatrice, sensible et un peu juge.

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Je me reconnaissais en elle, jusque dans ses fragilités. Comme moi, elle entretenait un rapport compliqué à la nourriture, et c'est sans doute ce qui m'a rendu le plus à même de la comprendre, de deviner ses besoins et d'inventer mille façons de la faire manger. Surtout, elle avait une douceur lumineuse que je ne retrouvais pas partout. Dans une meute, on croise des caractères sombres, des joueurs immatures ou des indifférents, mais elle, elle était lumière.
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Katarina avait une formule qui lui allait à merveille. Elle disait que Hild écoutait toujours ce petit discours d'encouragement intérieur lui répétant qu'elle pouvait devenir tout ce dont elle rêvait d'être. C'était toute elle, une chienne au gabarit modeste, pas la plus sûre d'elle pour prendre la tête de l'attelage, mais habitée par la conviction tranquille qu'elle finirait par devenir grande.

Car sous cette douceur, Hild a du caractère. Ma mère l'a vite surnommée « la dragonne », et Katarina la décrivait dans le même esprit, comme la petite police du chenil qui, le matin, fait clairement savoir à l'équipe des Alaskans qu'elle ne les approuve pas vraiment, avant de réclamer le reste du temps des câlins et des bisous. Une petite force tranquille, donc, avec un tempérament de dragon quand la situation l'exige. Le surnom m'a fait sourire, moi dont tout l'univers visuel tient déjà dans le souffle d'un dragon.

Une allure de loup

Elle avait un petit gabarit, mais quelle allure. Sur les entraînements au quad, quand on aidait sur les trails et aux ravitaillements, je la regardais courir. Sa foulée avait quelque chose d'hypnotique, souple et dynamique, comme une vague qui passait de l'arrière vers l'avant. Rien de rigide, rien de forcé, une allure de loup en chasse, à la fois sauvage et belle. Je crois que c'est à ce moment-là que c'est devenu sérieux pour moi.

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Une lignée que l'on préserve

Hild ne sort pas de nulle part. Elle est la dernière d'une lignée de femelles que Katarina sélectionne et transmet depuis des générations, des huskies sibériens de travail choisis pour l'intelligence, l'équilibre et la fonction, là où tant de lignées n'ont gardé que l'apparence. Cette lignée remonte au sang de Leonhard Seppala et de son leader légendaire Togo, le chien héroïque de la course au sérum de 1925, une souche que l'on a bien failli perdre dans les années 1960. La préserver et la transmettre, c'est tout le sens de l'élevage de Katarina, et le message qu'elle tient à faire passer à chacun de ses visiteurs.

La lignée de Hild Élevage Sheza Classic, Katarina Palm Worrsjö (Suède)Hild, de son nom officiel Sheza Classic Regera Honey, née le 5 août 2023. Sa mère, Mist : Sheza Classic Silver Lining. Sa grand-mère, Dimma : Sheza Classic Fierce Fell. Trois générations de femelles transmises de l'une à l'autre, une lignée de travail qui remonte aux chiens de Leonhard Seppala et à son leader légendaire Togo. Des sibériens façonnés pour préserver l'intelligence et la fonction des chiens de travail, une souche que l'on a bien failli perdre dans les années 1960 et que Katarina s'attache à faire vivre.

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Le lien se tisse, le soir

Travailler avec des chiens toute la journée est une chose, mais les avoir « en off » le soir en est une autre, car c'est là qu'on découvre qui ils sont vraiment. Dès novembre, on a demandé à ramener un chien au chalet pour la nuit. Hild d'abord, un peu fofolle et intriguée par ce nouveau monde, puis endormie sur le canapé. Mist ensuite, dont je suis tombé éperdument sous le charme.

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Dans la nuit polaire, quand le froid t'épuise et que le manque de lumière te creuse de l'intérieur, cette présence compensait ce qu'aucune vitamine et aucun excès de sucre à la suédoise ne pourra jamais compenser. Elle apportait une chaleur, un foyer, un lien très particulier qui ne demande rien d'autre que de l'attention.

Il y a bien eu la quarantaine. Un épisode de giardia a forcé à désinfecter tout le chenil, et on n'avait plus le droit de prendre les chiens à la maison. Le traitement a duré un mois et demi, il était lourd, et il a fini par laisser des traces. C'est lui qui a emporté Dimma, dont le système immunitaire, fragilisé par ces semaines de soins, n'a pas résisté à un second AVC. Un dommage collatéral d'une période déjà très difficile. Mais dès la fin du traitement, on a récupéré Mist et Hild tous les soirs.

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Le soin avant la performance

En février, Mist et Hild se sont retrouvées sur un attelage à côté de deux chiens perturbateurs, mal placés par un musher de passage. Une mauvaise position sur la ligne impose une posture anormale, et les douleurs finissent par arriver, comme avec un sac à dos dont on n'aurait pas ajusté les sangles et qui ferait porter tout le poids au mauvais endroit. Hild a frôlé la lésion musculaire.

Nos soirées se sont alors transformées en séances de récupération, avec des massages, des gestes appris auprès d'une ostéopathe et des séances de laser pour aider la cicatrisation. Au début du mois de mars, nous avons demandé à Katarina et Daniel de les mettre à l'arrêt toutes les deux. Ils nous ont écouté, et ils n'ont pas fait passer le travail avant leurs chiens. C'est exactement le milieu dans lequel je voulais photographier. 


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La décision

Mist, de son côté, était promise depuis deux ans aux parents de Daniel. Et Dimma n'était plus là, elle qui dormait chaque nuit collée à Hild dans leur niche. Hild allait donc se retrouver seule dans la meute ou potentiellement elle avait un acheteur en Norvège.

Je n'ai pas pu m'y résoudre. Je ne me voyais pas revenir l'hiver suivant pour ne plus jamais la revoir, partie dans un endroit où je n'irais jamais, alors que je savais au fond pouvoir lui offrir mieux. Donc, sur le ton de la blague, j'ai rétorqué : « Bizarre, il ne me semble pas habiter en Norvège pour le moment... » 

Quelques semaines plus tard, nous étions en train de dessiner nos attelages pour la saison à venir. Daniel écrivait les noms et les positions, leader, point, et le reste. À un moment, il a reculé sa chaise, s'est levé, et m'a regardé en me lançant : « Bon, vous la prenez ou pas ? » J'ai jeté un coup d'œil à Océane, on en avait déjà tellement parlé, et j'ai répondu oui.

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Le retour

Katarina nous l'a donnée. Elle a fait les vaccins, le passeport, et elle a monté un pedigree français de toutes pièces, parce qu'il fallait le créer spécialement pour elle. Elle préférait la savoir dans un foyer, entre des mains de confiance. Quand on a passé six mois à s'occuper de soixante-cinq chiens, s'occuper d'un seul devient une évidence.

Aujourd'hui, Hild vit en Bretagne, sur le granit. Elle est et restera une chienne de traîneau, et elle repartira travailler l'hiver prochain, peut-être pour de nombreuses années encore.

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Ce que Hild dit de mon travail

Si je raconte tout cela, ce n'est pas seulement par tendresse. C'est parce que Hild dit, mieux que n'importe quel argument, ce que je suis comme photographe.

Je ne photographie pas un chien de loin, je vis le lien qui m'unit à lui. Je connais le poids d'un harnais mal réglé parce que j'ai soigné les muscles qu'il abîme, et je sais reconnaître un chien qui prend du plaisir d'un chien qui force. C'est cette compréhension de l'intérieur que j'apporte aux marques canines et aux structures qui travaillent avec l'animal. Hild est désormais mon modèle, ma complice de terrain, et la preuve vivante que les plus belles images naissent d'un lien réel.

Vous êtes une marque canine, un élevage, un parc ou une structure animale ?

Parlons de ce que je peux documenter chez vous, vraiment de l'intérieur.

📩 corentin.gerardpro@gmail.com · 07 88 56 67 72 

© Corentin Gérard © Océane Dolbec